S 'agissant de la Porte du Millénaire, entre le côté architectural et celui artistique, qu'est-ce qui prime ?
C'est d'abord le nom, parce qu'il fallait trouver un prétexte pour commencer à embellir la corniche. C'est là où le rôle de l'artiste commence à jouer. La porte du Millénaire, comme dirait l'autre, il fallait y penser, parce que y en a pas deux. C'est la seule Porte qui a fait rentrer le Monde dans le troisième millénaire. Ca peut paraître prétentieux, mais c'est ça. C'est l'idéation, comme on dit en architecture, qui est la plus importante. Après ce stade, il y a tout le processus artistique et l'exemple de la Porte du Millénaire est à ce propos très instructif. Cette Porte, dans ses premières esquisses, était carrée, toute bête, toute conne, comme on dit en terme architectural. Ensuite, il a fallu lui donner ce geste, la courber et lui trouver toutes les connotations. Il fallait montrer que la première Porte qu'on ne peut franchir qu'en se baissant, symbolise, de par sa simplicité, le premier millénaire au cours duquel tout était rudimentaire. La deuxième Porte qui est elle plus sophistiquée avec sa courbure, représente le millénaire des grandes découvertes et de la révolution industrielle. Enfin, la troisième qui prend l'autre courbure, est encore plus complexe et symbolise donc l'ère d'Internet et du progrès sans limites. Donc le symbolisme, l'idéalisation, la création sont tout à fait présents dans le processus.
C'est à ce niveau, je dois l'avouer, qu'il y a eu une certaine complicité avec le Président Wade parce qu'on travaille ensemble. Je dois dire que l'esprit de la Porte telle qu'elle se présente aujourd'hui vient de lui. Parce que la Porte que j'avais en tête ne pouvait être traversée. C'est lui qui a voulu qu'on la traverse. Il a dit : " Passant sous l'ombre de Yaye Boye, franchis donc cette porte et entre dans le troisième Millénaire ". Ce qui fait que les gens se font un Must de traverser pour rentrer dans le millénaire. Pour dire donc qu'on peut tout faire, mais si derrière il n'y a pas un esprit imaginatif, un contenu, c'est comme si rien n'a été fait.
Il y a quand même une certaine déception chez certains qui s'attendaient à voir une œuvre plus volumineuse, plus massive ?
Il ne fallait pas qu'elle soit massive justement. C'est cette transparence-là qui fait le charme de la Porte du Troisième Millénaire. C'est transparent et c'est léger. Parce que je n'apprécie guère les choses massives. Je crois que c'est un grand sculpteur qui disait que " less is more ", autrement dit : " moins vous en faites, mieux cela vaut ". Ce qui est d'ailleurs vrai pour beaucoup de choses dans la vie. En Afrique, on est tellement obsédé par l'idée de faire de " l'architecture africaine " qu'on en devient folklorique. Or, il faut faire de l'africain sans tomber dans le folklore ce qui exige du raffinement qui d'ailleurs symbolise le 21ème siècle. Il suffit de voir mes derniers projets, comme celui de la salle des banquets de Malabo, pour se rendre compte de la pureté que je m'efforce d'exprimer à travers mes réalisations.