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Pierre Goudiaby ATEPA, Bâtisseur du futur - Master-builder of the future
Interview de Mathieu Ropitault
Interview by Mathieu Ropitault
  
Après 34 ans d’architecture, comment voyez-vous votre carrière ?
En fait, c’est passé très vite. Mais c’est normal, quand on fait des choses passionnément comme moi, on ne s’attarde pas sur le temps. Le temps, on le vit, on ne se pose pas de questions et on avance. Et quand je me rends compte que cela fait 28 ans que j’ai monté ma société, c’est effectivement comme si c’était hier…

Depuis quelques années, le Sénégal est en chantier, cela doit être une satisfaction pour l’architecte que vous êtes.
C’est plus qu’une satisfaction. Pour ma part, je suis heureux. Je regrette cependant que les autres architectes n’aient pas suivi. C’est une critique que je leur fais car le Président Abdoulaye Wade les a invités à participer à plusieurs reprises, mais ils se sont entremêlés les pieds dans des querelles qui n’ont vraiment aucun sens. Malheureusement, nous ne sommes que trois ou quatre architectes à bénéficier de cette inspiration, de cet état d’effervescence culturelle et architecturale, ils n’en profitent pas tous et je trouve cela dommage.

Est-ce un challenge de donner une nouvelle image du Sénégal ?
Evidemment ! Mais ce n’est pas seulement un challenge au niveau du Sénégal. Le Président Wade a aussi engagé des projets au Moyen- Orient. Nous sommes en train d’exporter l’architecture sénégalaise, pour ne pas dire africaine, là-bas. Actuellement, nous travaillons sur une tour qui sera construite à Riyad. Les gens se sont aperçus que le nouveau souffle de l’architecture est en train de naître quelque part en Afrique et nous allons essayer d’exporter ce souffle.

Montrer que l’Afrique est capable, c’est primordial ?
Vous savez, il ne faut pas se voiler la face. L’Afrique est le berceau de l’art. Si les architectes africains réussissent un jour à faire la symbiose entre l’art africain et l’architecture moderne, le résultat sera magnifique.
J’ai plus de 60 ans et il faudra penser à me reposer d’ici dix ans. Mais je sûr que la nouvelle génération révolutionnera l’architecture africaine moderne, qui n’aura rien à se reprocher quant à se modernité et qui gardera, comme le prônait Senghor, ses valeurs profondes de civilisation africaine.
Un journaliste espagnol a écrit que nous faisions de l’architecture sans complexe. Non seulement nous voulons faire de l’architecture sans complexe, mais nous voulons aller au-delà. Pas que nous voulions complexer les autres, simplement représenter la nouvelle architecture moderne.

En 1973, vous présentiez une thèse sur la ville africaine idéale, cette cité serait-elle d’actualité aujourd’hui ?
Elle pourrait être la même. La ville idéale avait trois propriétés essentielles. La première, c’est qu’elle était profondément africaine. La deuxième, c’est qu’elle était tournée vers l’avenir, vers une certaine modernité, pour ne pas dire une modernité certaine. Troisièmement, c’était une ville solaire, j’avais par exemple dessiné un bus solaire qui fut inventé quinze ans plus tard. J’y avais donc pensé sans avoir les moyens de le réaliser.
Cette ville solaire, conviviale et écologique n’a pas pris une ride. C’était presque une vision à l’époque, personne ne s’en préoccupait car l’essence était à 5 dollars le baril. Aujourd’hui, le prix a dépassé les 100 dollars !
Je travaille d’ailleurs ces temps-ci sur des ampoules solaires, car les actuels panneaux solaires qu’il faut orienter pour capter le soleil ne sont pas beaux. En Afrique, le soleil ne manque pas, alors faisons en sorte que ce soit esthétique pour que les gens puissent consommer du solaire et que ce soit une commodité agréable.

Vous vous investissez beaucoup pour le continent africain.
J’ai tout reçu de l’afrique, je dois donc donner quelque chose en retour. Je n’ai rien contre les footballeurs et les chanteurs mais je suis fatigué de voir à la télévision uniquement des Africains qui chantent, qui dansent ou qui jouent au football. Je ne dis pas aux jeunes qu’il y a mieux à faire mais qu’il y a plus que cela à faire. Il faut rentrer dans les affaires, changer l’économie.
Pour cela, les Africains doivent être entreprenants et décomplexés. Les richesses de demain sont en Afrique. Il faut arrêter de regarder les autres prendre nos richesses, les développer nous-mêmes en partenariat avec les autres, dans une franche collaboration qui bénéficie à tous. Il faut que la jeunesse africaine soit consciente de son potentiel, qu’elle se dise que c’est possible.

Vous venez aussi de lancer l’initiative IDEE-A.
C’est encore une fois pour rassembler, à travers les nouvelles technologies, les intelligences et faire participer les Africains, où qu’ils soient. Si je disais autrefois aux Africains de rentrer en Afrique, aujourd’hui je leur dis de rester où ils sont et d’utiliser les moyens de communication modernes pour développer l’Afrique. Et développer, c’est d’abord avoir des idées.
Nous essayons de mettre en synergie toutes les compétences que nous pouvons avoir à travers le monde et localement afin de créer des projets de société. C’est ce qui est important pour moi, participer en bonne intelligence au développement de l’Afrique.

Parmi vos futurs projets, quel est celui qui vous tient le plus à cœur ?
Je dirais Diamond City au Libéria parce que nous partons de rien. Nous allons créer de toutes pièces une ville pour amener de la richesse à un pays pauvre, mais parmi les plus riches du monde potentiellement. L’idée est de développer l’industrie du diamant en créant une zone franche pour booster l’économie du Libéria.
Je le répète, il faut créer la richesse et que tout le monde en profite. C’est comme cela que l’Afrique avancera.
  
Le siège de la BCEAO et la Porte du Millénaire à Dakar, l’aéroport de Banjul, la banque de la CEDEAO à Lomé, etc. La liste des réalisations de l’architecte Pierre Goudiaby Atepa est longue. Autant que ses projets en cours.
Depuis sa première création en 1975, l’homme a parcouru du chemin, imposant avec succès sa griffe africaine et contemporaine. Et si ses anciennes œuvres suscitent toujours l’admiration, il continue de s’activer sur de nombreux chantiers, plus ambitieux les uns que les autres.
Boulimique de travail, Pierre Goudiaby Atepa se démène pour apporter sa pierre à la construction d’une grande Afrique. Rencontre à Dakar.


The seat of the BCEAO, the Central Bank of West African States, and the Millenary Door in Dakar, the Banjul airport, the bank of the Economic Community of West African States (ECOWAS) in Lomé, etc. The list of architect Pierre Goudiaby Atepa’s accomplishements is a long one. As long as his projects in progress.
Since his first achievement in 1975, the man has gone far, imposing, successfuly, his African and contemporary stamp. And if his first works still evoke admiration, he continues to bustle about numerous sites, each one more ambitious than the other.
A workaholic, Pierre Goudiaby Atepa exerts himself to do his part in the construction of a great Africa. Encounter in Dakar.
  
After 34 years in architecture, how do you look at your career ?
Actually, it’s gone very quickly. But that’s normal, when you do things with a passion, like I do, you don’t dwell upon the time.
Time, we live it, we don’t ask any questions and we move on. And when I realize that it’s been 28 years since I started my compagny, in fact, it’s like it was yesterday...

For several years, Senegal has been a construction site, that must be very satisfying for the architect that you are ?
It is more than a satisfaction. As for me, I am happy. I regret, however, that other architects did not follow suit. It is a criticism that I have of them because President Abdoulaye Wade invited them to participate several times, but they became enmeshed in quarrels that really made no sense.
Unfortunately, we are only three or four architects that are benefiting from this inspiration, this state of cultural and architectural effervescene. They are not all benefiting from it, and I think that’s a shame.

Is it a challenge to give Senegal a new image ?
Of course ! But it isn't just a challenge in Senegal. President Wade has also taken on projects in the Middle East. We are in the process of exporting Senegalese architecture, if not African, there. Currently we are working on a tower that will be built in Riyadh. People have noticed that a new life for architecture is in the process of being born somewhere in Africa and we are going to try to export this life.

To demonstrate that Africa is capable, is that what is paramount ?
You know, let’s not pull the wool over our eyes. Africa is the cradle of art. If African architects succeed one day in making the symbiosis between African art and modern architecture, the result will be magnificent.
I am almost 60 and I have to think about taking a rest in ten years. But I am sure that the new generation will revolutionize modern African architecture, which will have nothing to reproach itself of in terms of modernity and wich will maintain, as Senghor advocated, the true values of African civilisation.
A spanish journalist wrote that we do architecture without a complex. Not only do we want to create architecture without a complex, but we want to go beyond that. Not that we want to give others a complex, just simply to represent new modern architecture.

In 1973, you presented a thesis on the ideal African city, this city is it on the agenda today ?
It could be the same one. The ideal city had three essential properties. The first, that it be profoundly African. The second, that it is turned towards an assured modernity. The third, that it is a solar city. I had, for example, designed a solar-powered bus that was invented 15 years later. So I had thought about it without having the means to create it.
This solar city, convivial and ecological, hasn’t aged a bit. At the time it was nearly visionary, no one took it up because petroleum was 5 dollars a barrel. Today, the price has gone beyond 100 dollars !
Right now I am working on solar light bulbs, because the current solar panels that you have to position to capture the sun are not nice looking. In Africa, we are not lacking in sunshine, so let’s do something so it is aesthetic, so that people can consume solar energy and that it is a pleasant commodity.

You are putting a great deal into the African continent.
I received everything from Africa, so I must give something back to reciprocate. I don’t have anything against football players and singers but I am tired of seeing on television only Africans who sing, who dance and who play football. I am not saying to the youngers that there are better things to do, but that there isn’t only that to do. They have to go into business, change the economy.
To do that Africans have to be enterprising and not have any complexes. The wealth of tomorrow is in Africa. We have to develop it ourselves in partnership with others, in a frank collaboration that is beneficial to all, African youth must be aware of its potential, to accept that it is possible.

You have also just launched the IDEE-A initiative.
Once again it is to bring together, through new technologies, intelligence and allow Africans to participate wherever they are. If before I told Africans to come back to Africa, today I tell them to stay where they are and to use modern means of communication to develop Africa. And to develop is first of all to have ideas.
We are trying to put into synergy every competence that we can have throughout the world and locally in order to create projects for the society. That is what is important to me, to participate in an intelligent way in the development of Africa.

Among your future projects, which is the one that is the most important to do ?
I would say Diamond City in Liberia because we are starting from nothing. We are going to create, completely, a city to bring wealth to a poor country that is potentially among the richest in the world. The idea is to develop the diamond industry by creating a free trade zone to boost the Liberian economy.
I will say it again, wealth must be created and everyone must benefit from it. That is how Africa will get ahead.

www.atepa.com                                                                    
www.idee-a.org                                                     May - june 2008
Copyright ATEPA © - Real. UNIVERSCENE
Air Senegal Teranga
Mai / Juin 2008
Mathieu Ropitault